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17 septembre 2014 3 17 /09 /septembre /2014 15:20

"Il sortit dans le soleil et prit la piste qui menait, à travers le veld, jusqu'au réservoir et au champ où il avait éparpillé autrefois les cendres de sa mère. Il reconnaissait chaque pierre, chaque buisson le long du chemin. Il se sentait chez lui près du réservoir comme jamais il ne s'était jamais senti dans la maison. Il s'étendit pour se reposer, le manteau noir roulé en dessous de sa tête, contemplant la grande sphère du ciel au-dessus de lui. Je veux vivre ici, se dit-il; je veux vivre ici pour toujours, ici où ma mère et ma grand-mère ont vécu. C'est aussi simple que ça. Quel dommage que pour vivre en des temps comme ceux-ci, un homme doive être prêt à vivre comme une bête. Un homme qui veut vivre ne peut pas vivre dans une maison où il y a de la lumière aux fenêtres. Il doit vivre dans un trou et se cacher pendant le jour. Pour vivre, il faut qu'il ne laisse aucune trace de sa vie. Voilà où nous en sommes arrivés."

J. M. Coetzee,   Michaël K, sa vie, son temps (Life and Times of Michael K),

éditions du Seuil, 1983. 

16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 10:05

"Peu d'œuvres donne beaucoup d'amour-propre, beaucoup de travail donne infiniment de modestie."

Honoré de Balzac, Avant-propos de la Comédie humaine, 1842.

22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 14:35

"En 93, selon que l'idée qui flottait était bonne ou mauvaise, selon que c'était le jour du fanatisme ou de l'enthousiasme, il partait du faubourg Saint-Antoine tantôt des légions sauvages, tantôt des bandes héroïques.

Sauvages. Expliquons-nous sur ce mot. Ces hommes hérissés qui, dans les jours génésiaques du chaos révolutionnaire, déguenillés, hurlants, farouches, le casse-tête levé, la pique haute, se ruaient sur le vieux Paris bouleversé, que voulaient-ils? Ils voulaient la fin des oppressions, la fin des tyrannies, la fin du glaive, le travail pour l'homme, l'instruction pour l'enfant, la douceur sociale pour la femme, la liberté, l'égalité, la fraternité, le pain pour tous, l'idée pour tous, l'édénisation du monde, le Progrès; et cette chose sainte, bonne et douce, le progrès, poussés à bout, hors d'eux-mêmes, ils la réclamaient terribles, demi-nus, la massue au poing, le rugissement à la bouche. C'étaient les sauvages, oui; mais les sauvages de la civilisation.

Ils proclamaient avec furie le droit; ils voulaient, fût-ce par le tremblement et l'épouvante, forcer le genre humain au paradis. Ils semblaient des barbares et ils étaient des sauveurs. Ils réclamaient la lumière avec le masque de la nuit.

En regard de ces hommes, farouches, nous en convenons, et effrayants, mais farouches et effrayants pour le bien, il y a d'autres hommes, souriants, brodés, dorés, enrubannés, constellés, en bas de soie, en plumes blanches, en gants jaunes, en souliers vernis, qui, accoudés à une table de velours au coin d'une cheminée de marbre, insistent doucement pour le maintien et la conservation du passé, du moyen-âge, du droit divin, du fanatisme, de l'ignorance, de l'esclavage, de la peine de mort, de la guerre, glorifiant à demi-voix et avec politesse le sabre, le bûcher et l'échafaud. Quant à nous, si nous étions forcés à l'option entre les barbares de la civilisation et les civilisés de la barbarie, nous choisirions les barbares."

Victor HUGO, les Misérables, Quatrième partie: "L'idylle rue Plumet et l'épopée rue saint-Denis", livre premier: "Quelques pages d'histoire", Chapitre V: "Faits d'où l'histoire sort et que l'histoire ignore", 1862.