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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 10:39

Ainsi parle le Seigneur :
    Partage ton pain avec celui qui a faim,
accueille chez toi les pauvres sans abri,
couvre celui que tu verras sans vêtement,
ne te dérobe pas à ton semblable.
    Alors ta lumière jaillira comme l’aurore,
et tes forces reviendront vite.
Devant toi marchera ta justice,
et la gloire du Seigneur fermera la marche.
    Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ;
si tu cries, il dira : « Me voici. »
Si tu fais disparaître de chez toi
le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante,
    si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires,
et si tu combles les désirs du malheureux,
ta lumière se lèvera dans les ténèbres
et ton obscurité sera lumière de midi.

12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 18:09

LE PREMIER CHARBONNIER: Et pourtant, c'est nous, les piliers de la société. Si on ne vous livrait plus le charbon vous n'auriez plus de feu pour faire la cuisine, pour vous chauffer, pour faire tourner les usines; vous n'auriez plus de lumière dans les rues, dans les magasins, chez vous! Vous vous imaginez dans le noir et dans le froid?... Et voilà pourquoi on sue comme des damnés, à vous apporter ce foutu charbon... Qu'est-ce qu'on récolte en échange?

L'AVOCAT, à la fille d'Indra: Aide-les! - - - (Silence.) Que l'égalité parfaite ne soit pas possible, je le comprends, mais qu'il puisse y avoir de tels écarts??

4 janvier 2016 1 04 /01 /janvier /2016 21:39

-Hanno, petit Hanno! poursuivit Mme Permaneder, et les larmes coulaient sur l'épiderme terne et duveteux de ses joues. Tom, papa, grand-père et tous les autres, où sont-ils passés? On ne les voit plus. Ah! que c'est dur et que c'est triste!

-Nous les reverrons, dit Frédérique Buddenbrook en joignant les mains sur ses genoux, les yeux baissés, le nez en l'air.

-Oui, on le dit. Ah! il y a des heures, Frédérique, où ce n'est pas une consolation! où l'on doute de la justice, de la bonté, de tout. La vie, voyez-vous, brise tant de choses en nous, détruit tant de croyances. Se revoir là-haut. Si c'était vrai...

Mais alors Sesemi Weichbrodt se dressa, à côté de la table, de toute sa petite taille. Elle s'éleva sur la pointe des pieds, tendit le cou, frappa sur la table et son bonnet trembla sur sa tête.

-C'est la vérité! dit-elle de toute sa force, avec un regard de défi à la ronde. 

Elle se dressait là, victorieuse dans le bon combat qu'elle avait mené toute sa vie contre les doutes que lui insufflait sa passion d'institutrice, bossue, minuscule et frémissante de conviction, petite prophétesse courroucée et enthousiaste.

Thomas MANN, les Buddenbrook, le déclin d'une famille, Onzième partie, chapitre IV, fin, 1901.

 

2 janvier 2016 6 02 /01 /janvier /2016 14:43

-Ces grandes vagues, dit Thomas Buddenbrook... Regarde-les s'approcher et se briser, revenir et se briser, l'une après l'autre, sans but, désolées, folles. Et cependant, c'est un spectacle calmant et consolant, comme tout ce qui est simple et nécessaire. J'ai appris à aimer la mer de plus en plus. Si j'ai autrefois préféré la montagne, c'est peut-être tout simplement parce qu'elle est plus éloignée. A présent, je n'ai plus envie d'y aller. Elle me ferait peur et honte. Les montagnes sont trop fantastiques, trop irrégulières, trop diverses; je me sentirais trop humilié devant elles. Mais de quelle trempe sont les hommes qui préfèrent la montagne à la mer? Il me semble que ce sont ceux qui ont trop longtemps observé la complication des choses intérieures pour ne pas exiger des choses exétrieures une qualité à tout le moins: la simplicité. Peu importe que l'on gravisse vaillamment les montagnes ou que l'on demeure tranquillement couché sur la grève, au bord de la mer. Mais je connais le regard dont on admire les unes et celui que l'on accorde à l'autre. Les yeux assurés, présomptueux, heureux, pleins d'esprit d'entreprise, de fermeté, du courage de vivre, errent de cime en cime; mais pour rêver devant la vaste étendue marine qui roule ses flots avec un fatalisme mystique et gourd, il faut le regard d'un homme désillusionné et averti qui a au moins une fois plongé dans la tristesse des complications inextricables; c"est toute la différence entre la santé et la maladie. On grimpe hardiment parmi la merveilleuse diversité des formes accidentées, hérissées, ravinées, pour mettre à l'épreuve sa force vitale encore intacte. Mais on aime à se reposer devant la vaste uniformité du monde extérieur quand on est las de toutes les complications intérieures.

Thomas MANN, les Buddenbrook, le déclin d'une famille, Dixième partie, chapitre VI, 1901.

30 août 2015 7 30 /08 /août /2015 08:52

"Si les fautes de l'Eglise ont été nombreuses et graves dans sa longue histoire de pouvoir, la plus grave de toutes serait d'accepter passivement d'être liquidée par un pouvoir qui se moque de l'Evangile. Dans une perspective radicale, peut-être utopiste ou, c'est le moment de le dire, millénariste, ce que l'Eglise devrait faire pour éviter une fin sans gloire est donc bien clair: elle devrait passer à l'opposition et, pour passer à l'opposition, se nier elle-même. Elle devrait passer à l'opposition contre un pouvoir qui l'a si cyniquement abandonnée en envisageant sans gêne de la réduire à du pur folklore. Elle devrait se nier elle-même, pour reconquérir les fidèles (ou ceux qui ont un "nouveau" besoin de foi) qui l'ont abandonnée à cause justement de ce qu'elle est.

En reprenant une lutte qui d'ailleurs est dans sa tradition (la lutte de la papauté contre l'empire), mais pas pour la conquête du pouvoir, l'Eglise pourrait être le guide, grandiose mais non autoritaire, de tous ceux qui refusent (c'est un marxiste qui parle, et justement en qualité de marxiste) le nouveau pouvoir de la consommation, qui est complètement irreligieux, totalitaire, violent, faussement tolérant et même, plus répressif que jamais, corrupteur, dégradant (jamais plus qu'aujourd'hui n'a eu de sens l'affirmation de Marx selon laquelle le Capital transforme la dignité humaine en marchandise d'échange). C'est donc ce refus que l'Eglise pourrait symboliser, en retournant à ses origines, c'est-à-dire à l'opposition et à la révolte. Faire cela ou accepter un pouvoir qui ne veut plus d'elle, ou alors se suicider."

Pier Paolo PASOLINI, "Les dilemmes d'un pape aujourd'hui", Corriere della Serra, 22 septembre 1974.