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14 juillet 2010 3 14 /07 /juillet /2010 12:01

 

1.

les choses se déplacent

on ne sait où elles vont

on ne sait où elles sont

on ne sait - quelle angoisse

 

sait-on où est ma place

où suis-je le sait-on

où vais-je le sait-on

j'ai froid la peur me glace

 

2.

la communication

va être interrompue

vous oublierez mon nom

vous ne m'avez pas vu

 

3.

j'ai mis une cagoule

qu'on ne me reconnaisse

adieu triste tristesse

à moi joie de la foule

 

que monte la colère

pour qu'au premier signal

se transforme en étoile

la vitre par ma pierre

 

j'arrache les enseignes

qui niaient ma présence

- voici le grand silence

je sens que mon coeur saigne

 

4.

j'ai un autre visage

et j'aime le danger

je ne suis plus très sage

maman j'ai bien changé

 

je n'en veux pas aux flics

qui m'ont défiguré

mais au siècle atomique 

qui m'a pulvérisé

 

5. 

là je ne suis plus seul

là je foule la terre

là les chiens sont nos frères

qui courent mordent gueulent

 

6. 

nous aimions trop le monde

pour le vouloir changer

et nos pierres répondent

à ceux qui l'ont mangé

17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 09:38

ScannedImage-33la promenade heureuse.

 

nous étions là, cela suffit, les amis et nous

marchant aussi loin de la formation des grandes roches

et des glaciers que de l’extinction des étoiles lointaines. Grégoire blaguait beaucoup

Nelly chantonnait Gracias a la vida – et c’était drôle et doux.

 

il y eut un crapaud une buse des châtaignes véreuses

et des amanites. là-haut les nuages faisaient des volutes d’acier.

à nos côtés priaient en silence les grands arbres

– peut-être dans l’attente du feu.

  

le ciel entrait lentement dans la nuit

et la forêt déjà n’était plus qu’une seule ombre.

nous avons marché un peu plus vite alors, pour rentrer

manger et boire et rire – encor vivre un peu.

16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 09:34

ScannedImage-31le repos.

 

 

calme de la grande maison après le café. on n’entend

plus rien que le vent séchant le linge blanc

les enfants sont loin dans la vigne (et leur rire comme un ruisselet).

tout est tranquille. on s’assoupit dans cette paix 

 

– sachant bien que tout va reprendre vie, dans le déclin même du soleil

qu’il y aura le dîner à préparer, le bain à donner, et l’histoire à lire, et la prière à faire.

lors, dans la mer montante du sommeil, les enfants entendront les rires, plus forts, des grands autour du tilleul, de l’eau de vie

et, hannetons sous l’arbre, murmures, éclats de voix, d’autres jeux. 

 

puis tous, les grands rejoignant les petits, s’en remettront à la veille sur eux de la nuit bien venue

belle enseignante de l’Ultime, vers quoi sillonne

notre foi, labeur de la lumière  

 

en nous qui professons qu’au soir

déjà pris dans sa paix, nous saurons l’appeler : l’Eblouissante

 nous, petits enfants.

15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 09:32

ScannedImage-32orage d’un jour de juin.

 

il s’est mis tout à coup à faire sombre si sombre

et tout a sombré dans la nuit

c’était à n’en pas croire son cœur

on eût dit que l’équilibre du monde

était près de balancer

 

et l’orage a passé (au loin encore un éclair tinte)

toute l’herbe et tout s’est courbé au passage

de cette faux. le courant a sauté

et le courant revient – mais la maison de papy et mamie reste éteinte

car les deux vieux sont morts depuis six mois. jusque-là on avait manqué de pluie

 

à présent on recense les dégâts et dommages

demain toute larme séchée est un dimanche

nous reverrons le ciel l’opaque azur

couvercle énorme et beau du jour immense

et tombeau. la chaleur sera lourde, le soleil est sûr

 

l’espérance est une petite fleur séchée.

14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 09:29

ScannedImage-30le pépé.

après sa demeure, il n’y avait plus que bois, roche

et neige – la route montait, étroite et droite, jusqu’au pied de la vraie montagne.

dans son jardin, un ruisseau, où tourne toujours un petit moulin

en dégringolant le pré filait au torrent

qui rugissait en contrebas

 

c'est là qu'avait vécu le vieux. sa femme était morte, voilà

dix ans. déjà. de ce temps, ne lui restaient plus que deux chats

– l’un gris, tigré, sauvage, l’autre jaune, muet

qu’il appelait Missou

et qui, le soir, venait, pour reposer sur ses genoux

 

le vieux pépé, bien qu’encore un peu drôle et encor colérique

se fatiguait de vivre. être l’essoufflait. il n’avait jamais

cru en rien, ni personne – en rien. son fils était mort, ses filles étaient loin.

il était tout seul avec ses chats

– et la montagne immense, immobile 

 

il s’était fait de plus en plus rare, en effet, qu’on vînt le voir :

il racontait encore assez bien les histoires du temps ancien, mais

de moins en moins, et râlait souvent, s’énervait vite, gueulait trop.

tout ralentissait. le présent ne passait pas vite. le temps lui était grand, profond, long

et lent – et l’ennui gigantesque dans cette vie petite

 

un soir, le chat sauvage ne revint pas – perdu dans les sapins

ou emporté par l’aigle. peu de jours après, Missou est mort

l’antique incroyant, de son pauvre reste de force, creusa un trou

pour mettre au sein de la terre chaude

l’or de cette bête douce

 

puis, sur la petite tombe animale, il planta ce simple écriteau – lui qui n'avait jamais cru:

"pour l’éternitée..." février avait alors, jour des cendres

couvert de neige la montagne. la tendresse est un grand mystère. le vieillard

dedans chez lui rentra, s’allongea doucement, ne mangea plus. tard

venue de la bonté profonde, une caresse vint, qui l’emporta