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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 11:31

C'est une carte postale affichée dans les toilettes, elle annonce un spectacle que je n'ai pas vu, un spectacle passé: Stabat mater furiosa, de Jean-Pierre Siméon, par la compagnie Choses dites. La carte postale est là, au milieu d'autres affiches qui annoncent d'autres spectacles passés. Et d'autres cartes : de la Chine, des constellations.

L'enfant regarde la carte, pendant qu'on remonte son pantalon.

Sur la carte: un chemin, un enfant habillé de blanc sur ce chemin. Seul, il court loin de qui le photographie, vers ce qu'on imagine être une forêt, vaste et sombre, et qui n'est que nuit.

A sa contemplation, l'enfant (on ferme le bouton, on remonte sa braguette) pose une série de questions: Pourquoi l'enfant est seul, où il va.

Puis il esquisse des réponses: Il va chercher sa maman, dans la forêt. Mais il ne la trouvera pas.

On invite l'enfant à sortir: il pourra bien la regarder encore, cette carte, la prochaine fois. Et on s'apprête à éteindre la lumière.

Attends. Les pompiers vont venir, dit-il. Dans la forêt. Ils vont l'aider à retrouver sa maman. Peut-être.

 

11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 11:20

  - Papa! Tu as très mal?

  Ma voix s'éraille, on dirait la voix d'une étrangère. Ma réserve de larmes, que je croyais tarie depuis mes sanglots d'hier, se régénère spontanément et déborde de mes paupières encore gonflées. Mes larmes coulent sur les cheveux drus, imbibés d'odeurs de transpiration et de poussière de mon père. Il n'a sûrement pas pu se laver durant toute la campagne contre les bandits. Sa barbe, qui n'a pas été taillée, frotte comme du papier émeri contre mon visage. Je sens l'odeur âcre de la poudre sur ses vêtements, celle plus forte des produits antiseptiques et des pansements... Mais à cet instant, plus rien ne compte. Je me sens si proche de mon père. Il n'est plus ce soldat en permission, portant son sac sur le dos, sentant le tabac et la forêt, que ma mère m'obligeait à appeler "père" et en compagnie de qui, malgré les menaces et les exhortations de cette dernière, je n'avais jamais pu rester plus d'une demi-heure... Non, en ce moment, mon père est tout simplement mon père, il est une partie de mon être, l'objet de ma profonde affection, de mon respect et de ma grande fierté. Je le serre dans mes bras, le laissant m'embrasser sans retenue sur les joues, les cheveux. Il ne peut même pas me caresser de ses mains dures et desséchées. Blessées, elles sont entourées de pansements et reposent sur sa poitrine.

Duong Thu Huong, Itinéraire d'enfance,

traduit du vietnamien par Phuong Dang Tran,

Sabine Wespieser éditeur, 2007.

9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 22:05

c'est la nuit

il faut rentrer

 

- rentre écouter le petit homme

qui pleure dedans toi

 

qui t'appelle par ton nom

sait ce que tu fus ce que tu seras

 

qui pleure les amours inavouées

- c'est la nuit

29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 12:12

qu'il aille ainsi pour toujours aller où il veut

celui qui marche droit de jour et qu'on attend

- mais toi ralentis écoute regarde et rêve

creuse le ciel: marche sur la pointe des pieds

 

quand il marche celui qui marche

qu'il ne sache pas sous ses pas

les mètres de terre avant l'eau

le nombre de graines le nom des os

 

ni le joyeux débit des sources

ni les mythes des temples morts

ni les faces pourries qu'il foule

ni les forêts bleues qui dorment encore

 

qu'il ignore durant sa course

les voix qui réclament pitié

le bois moisi des grandes arches

qui dorment loin des îles loin des ports

 

et les foules décomposées

des guerriers des grands batailles

et les femmes impatientées

dont l'oeil s'est tu aux anciennes murailles

 

qu'il ne sache rien des tombeaux

des mines ni de la mémoire

ni du feu du sang sec des nuits

que bat son pas comme une sèche pluie

28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 12:07

il faut porter à bout de bras

cartons de livres tringles meubles

pour les descendre tout en bas

le camion est garé juste au pied de l'immeuble

 

on se croise on sourit on porte

ensemble ce poids de la vie

gentiment on se tient la porte

le camion est juste assez grand à mon avis

 

c'est fou tout ce que l'on entasse

quand je suis arrivé ici

je n'avais rien - dit-il - la place

est venue à manquer - le camion se remplit

 

il fait froid on est fatigués

la représentation s'achève

le décor est bien arrimé

le camion va partir - d'autres rideaux se lèvent