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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 00:00

promenade à l'hiver dans le hameau d'enfance

dorment sous neige les primes années

premiers pas dans l'amour le rêve et l'espoir fou

les beaux jeux dans la gadoue et le sable

 

on marche auprès d'ocres maisons qui se sont tues

volets clos les yeux des morts nous regardent

maisons de terre humides lézardées

qu'écroulera le temps poids des nuits et des neiges

 

la route se fait neige où nulle trace gît

un peuplier plume dans l'encrier

bleu du soir sur les prés blancs tait son ombre bleue

il est tard il faut rentrer on hésite

 

malgré le froid on s'arrête car on veut croire

à des traces parfaites qu'on ferait

innocemment sans halte chute ni faux-pas

mais la nuit déjà s'imprime à la neige

29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 14:38

"Et comment trouvez-vous Claire ce soir? Merveilleuse, n'est-ce pas? (Il s'agissait d'une nouvelle actrice française.) On a beau la voir souvent, elle n'est jamais la même. Il n'y a que les Français pour ça, mon cher."

 

Léon Tolstoï, Anna Karénine, tome I, Deuxième partie, chapitre V (traduction Henri Mongault).

28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 14:29

   Constantin l'écoutait en silence; cette critique impitoyable de tout l'ordre social, à laquelle il était lui-même fort enclin, lui semblait déplacée dans la bouche de son frère.

   "Nous comprendrons tout cela dans l'autre monde, dit-il enfin par manière de plaisanterie.

   -Dans l'autre monde? Oh! je ne l'aime pas cet autre monde!... Non, je ne l'aime pas, répéta Nicolas en fixant sur son frère des yeux hagards. Il semblerait bon de sortir de cette fange, de dire adieu à nos vilenies et à celles du prochain; mais non, j'ai peur de la mort, j'en ai terriblement peur." Il frissonna. " Mais bois donc quelque chose. Veux-tu du champagne? Préfères-tu que nous sortions? Allons voir les Bohémiens, tiens. Sais-tu que je raffole maintenant des Bohémiennes et des chansons russes?"

 

Léon Tolstoï, Anna Karénine, tome I, Première partie, chapitre XXV (traduction Henri Mongault).

25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 17:52

Avertissement.

Il faut haïr la théorie - n'en retenir que Dieu.

Cependant je veux vous dire deux ou trois choses, pour qu'elles soient dites.

Que ce blog n'est qu'un atelier de travail. La devanture d'un atelier de travail, pour être plus exact - le devant. Non la vitrine. Le devant - parce qu'aller plus loin serait prendre le risque de se salir ou de se couper les pieds, ou de marcher sur des choses malpropres. L'invisible est mon ami, et ma chair saignante, sous la peau.

Que j'ai beau essayer d'y mettre bon ordre, rien n'y fait. De supprimer des catégories, de reclasser les textes, les photographies : rien n'y fait. Qu'il faut donc prendre le temps de lire la date de ce qui est écrit, photographié. La date est importante. Le temps. Le temps est tout.

Que les catégories ont néanmoins leur petite importance. Les chansons ne sont que chansonnettes. Ne se suffisent pas sans musique. Tout n'est pas bon ici à faire livre. Loin de là. L'OEUF a fait son temps. Sans achever. C'est le propre de tout ce qui vit, c'est à dire de ce dont on peut ou pourra dire : cela fut.

Que je considère comme unique activité de ma vie mon activité poétique. J'entends par là : toute création, tout geste, tout agir véritable - toute preuve que je suis vivant. Il y a certes des degrés dans ce déploiement, cet élargissement, ce gonflement de la vie qu'on appelle la joie. La souffrance même, toute douleur, ou plus communément : le malheur - le malheur n'est pas exempt de cette définition de la joie. Le malheur sert, et bien maladroit l'humain qui voudra passer outre. Mais, au premier rang des outils de la joie, je mets le théâtre, l'écriture, la peinture, le chant, la prière, la conversation, l'amour (platonique et sexuel), le rêve. La vie ordinaire aussi - mais je crains que cette expression soit mal comprise.

Et tant pis si je lave ma face avec la serviette où vous séchez vos mains.

Enfin, un mot du chiffre. Je suis revenu au vers (dans une acception parfois assez large, où Claudel est de la maison). Il y a peu de créateurs de nouvelles formes - je distingue cela du style, qui lui est obligatoire, qui est le sang. Depuis le sonnet, le rondeau, l'alexandrin, le décasyllabe, quoi? Prévert? Passons. Bien sûr, Rimbaud, Claudel, Char. Mais ça, c'est le verset biblique, le vers grec, latin, allemand versé bouillant dans la phrase française. Houellebecq dit: un créateur de forme par siècle. Moi je dis: même pas un par millénaire peut-être. Un par civilisation. A-t-on changé de civilisation? Non. J'y reste, je m'y maintiens, je la maintiens, j'en suis. Je la ferai renaître s'il le faut. La résurrection est une chose ordinaire pour moi. Mon vers tient l'Europe comme un oison dont on sent le sang battre dans son poing serré. N'ayez crainte: je me ferai un poing à la taille du ciel, et tous les soleils y tiendront.

Pourquoi le chiffre, encore ? Parce qu'il est aussi remède à la logorrhée, à la vanité de tout dire. Mais avant tout parce que le chiffre déjà, le chiffre seul, est poéme. Peut-être ordre du monde, musique des sphères, harmonie universelle, bla bla bla, oui, oui, oui. Mais d'abord simple compte. Compte juste.

Aujourd'hui j'embrasse mes amis poètes. Ils ne sont pas nombreux. Je sais leur petite douleur des jours à passer pour des fonctionnaires soviétiques, de gris médiocres. Qu'ils soient fiers. Gloire à eux. NOUS SOMMES DE GRANDS ARTISTES.

Aujourd'hui, jour de la Nativité.

18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 10:07

chambre en désordre

drôle de soirée solitaire

dans mon cerveau

 

photos jeux livres

ivresse blanche triste fête

hôtes absents