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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 10:58

j'allume ta vie

animant mon âme

saintement

 

brasier de nos bouches

nos langues se tendent

pour se taire

 

pénètre en la chambre

du début du monde

le mystère

 

ô jeu de mon jonc

la vie de ma verge

te secoue

 

rythme des orages

doux raffut des neiges

marée folle

 

je cogne à ton con

qu'en nos corps paraisse

le vieux rêve

 

l'oreille à ton cou

j'écoute chanter

ton coeur fou

 

musique des sèves

joli bruit de jus

et de feu

 

sursaute ton cul

tout ton être exulte

en sa joie

 

sur tes joues brûlantes

je reviens m'éteindre

d'un baiser

 

dernière caresse

lente entre tes fesses

de ma lame

 

où j'entends ton sang

dans la désétreinte

me prier

 

de recommencer

déjà notre messe

et ses flammes

9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 09:52

   La belle Mme Lebigre lui parut superbe, en robe de soie, les cheveux frisés, prête à s'asseoir dans son comptoir, où tous les messieurs du quartier venaient lui acheter leurs cigares et leurs paquets de tabac. Elle était devenue distinguée, tout à fait dame. Derrière elle, la salle, repeinte, avait des pampres frais, sur un fond tendre, le zinc du comptoir luisait; tandis que les fioles de liqueur allumaient dans la glace des feux plus vifs. Elle riait à la claire matinée.

   A sa gauche, la belle Lisa, au seuil de la charcuterie, tenait toute la largeur de la porte. Jamais son linge n'avait eu une telle blancheur; jamais sa chair reposée, sa face rose, ne s'était encadrée dans des bandeaux mieux lissés. Elle montrait un grand calme repu, une tranquillité énorme, que rien ne troublait, pas même un sourire. C'était l'apaisement absolu, une félicité complète, sans secousse, sans vie, baignant dans l'air chaud. Son corsage tendu digérait encore le bonheur de la veille; ses mains potelées, perdues dans le tablier, ne se tendaient même pas pour prendre le bonheur de la journée, certaines qu'il viendrait à elles. Et, à côté, l'étalage avait une félicité pareille; il était guéri, les langues fourrées s'allongeaient plus rouges et plus saines, les jambonneaux reprenaient leurs bonnes figures jaunes, les guirlandes de saucisses n'avaient plus cet air désespéré qui navrait Quenu. Un gros rire sonnait au fond, dans la cuisine, accompagné d'un tintamarre réjouissant de casseroles. La charcuterie suait de nouveau la santé, une santé grasse. Les bandes de lard entrevues, les moitiés de cochon pendues contre les marbres, mettaient là des rondeurs de ventre, tout un triomphe du ventre, tandis que Lisa, immobile, avec sa charrue digne, donnait aux Halles le bonjour matinal, de ses grands yeux de forte mangeuse.

   Puis, toutes deux se penchèrent. La belle Mme Lebigre et la belle Mme Quenu échangèrent un salut d'amitié.

   Et Claude, qui avait certainement oublié de dîner la veille, pris de colère à les voir si bien portantes, si comme il faut, avec leurs grosses gorges, serra sa ceinture, en grondant d'une voix fâchée:

   "Quels gredins que les honnêtes gens!"

 

                                                                                                     Emile Zola, Le Ventre de Paris, fin, 1873.

7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 18:19

la nuit a dévoilé son grand Carmel

elle marche elle écoute Poulenc Arvo Pärt

sent brusquement ce feu qui brûle en elle

où répondent se rejoignent la perte la joie

 

au foyer contemplera l'autre feu

qu'elle nourrit de mauvais poèmes l'hiver

qu'elle contemple absent l'été appelle

feu n'est-ce pas son nom feu un amour ancien

 

minuit le feu pleure crie la réveille

bel enfant qui frappe à notre chambre fait battre

la porte du poêle pour réclamer

rien sinon paix de l'eau un baiser le soleil

 

les montagnes couchées font des prières blanches

tombe la guillotine Blanche est morte

le feu trace une voie où ne passera qu'elle

la nuit se tait    quelque chose va naître

3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 17:10

   "Est-ce que vous connaissez la bataille des Gras et des Maigres ?" demanda-t-il.

   Florent, surpris, dit que non. Alors Claude s'enthousiasma, parla de cette série d'estampes avec beaucoup d'éloges. Il cita certains épisodes: les Gras, énormes à crever, préparant la goinfrerie du soir, tandis que les Maigres, pliés par le jeûne, regardent de la rue avec la mine d'échalas envieux; et encore les Gras, à table, les joues débordantes, chassant un Maigre qui a eu l'audace de s'introduire humblement, et qui ressemble à une quille au milieu d'un peuple de boules. Il voyait là tout le drame humain; il finit par classer les hommes en Maigres et en Gras, en deux groupes hostiles dont l'un dévore l'autre, s'arrondit le ventre et jouit.

   "Pour sûr, dit-il, Caïn était un Gras et Abel un Maigre. Depuis le premier meurtre, ce sont toujours les grosses faims qui ont sucé le sang des petits mangeurs... C'est une continuelle ripaille, du plus faible au plus fort, chacun avalant son voisin et se trouvant avalé à son tour... Voyez-vous, mon brave, défiez-vous des Gras."

   Il se tut un instant, suivant toujours des yeux leurs ombres que le soleil couchant allongeait davantage. Et il murmura:

   "Nous sommes des Maigres, nous autres, vous comprenez... Dites-moi si, avec des ventres plats comme les nôtres, on tient beaucoup de place au soleil."

   Florent regarda les deux ombres en sourant. Mais Claude se fâchait. Il criait:

   "Vous avez tort de trouvez ça drôle. Moi, je souffre d'être un Maigre. Si j'étais un Gras, je peindrais tranquillement, j'aurais un bel atelier, je vendrais mes tableaux au poids de l'or. Au lieu de ça, je suis un Maigre, je veux dire que je m'extermine le tempérament à vouloir trouver des machines qui font hausser les épaules des Gras. J'en mourrai, c'est sûr, la peau collée aux os, si plat qu'on pourra me mettre en deux feuillets d'un livre pour m'enterrer... Et vous donc! vous êtes un Maigre surprenant, le roi des Maigres, ma parole d'honneur."

 

Emile Zola, le Ventre de Paris, chapitre IV, 1873.

1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 00:00

promenade à l'hiver dans le hameau d'enfance

dorment sous neige les primes années

premiers pas dans l'amour le rêve et l'espoir fou

les beaux jeux dans la gadoue et le sable

 

on marche auprès d'ocres maisons qui se sont tues

volets clos les yeux des morts nous regardent

maisons de terre humides lézardées

qu'écroulera le temps poids des nuits et des neiges

 

la route se fait neige où nulle trace gît

un peuplier plume dans l'encrier

bleu du soir sur les prés blancs tait son ombre bleue

il est tard il faut rentrer on hésite

 

malgré le froid on s'arrête car on veut croire

à des traces parfaites qu'on ferait

innocemment sans halte chute ni faux-pas

mais la nuit déjà s'imprime à la neige