Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 22:45

VERCHININE

Oui. On nous oubliera. C'est notre destin, on ne peut rien y faire. Ce qui nous paraît sérieux, respectable, très important - un temps viendra - ça sera oublié ou ça paraîtra insignifiant.

Pause.

Et l'intéressant, c'est que nous ne pouvons pas du tout savoir ce qui sera tenu pour élevé, important, et ce qui paraîtra pitoyable, ridicule. Est-ce que les découvertes de Copernic ou disons, celles de Colomb, n'ont pas paru dans un premier temps inutiles, ridicules, tandis que n'importe quelle sottise, écrite par un imbécile, passait pour vérité? Il se peut aussi que notre vie actuelle, dont nous nous arrangeons si bien, paraisse avec le temps bizarre, inconfortable, stupide, pas assez pure, et même chargée de péché...


TOUZENBACH

Qui sait? Mais peut-être qu'on trouvera que notre vie était noble et qu'on se souviendra de nous avec respect.


Anton TCHEKHOV, les Trois Soeurs, acte I, 1901 (traduction d'Arthur Adamov révisée par Michel Cadot).

21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 20:54

peins il fait moins deux tes doigts sont gourds mais peins

le songe est dans le geste

ébauche ta cathédrale

 

(souviens-toi vous entriez et tout montait

haine à l'écrasement

âme plus haute que voûtes

   

vous marchiez dalles accidentées vitraux

atterrés de lumière

qui ne mènent qu'à l'autel)

 

des traits parfaits séparent les teintes sales

la toile s'agrandit

tu peins des couleurs difformes


(souviens-toi quand Isabelle est au piano

l'accrochement des notes

vrai sang de la vraie musique)

 

regarde sans honte ce que tu feras

la mort lavera tout

le reste donne-le moi


quel ciel as-tu peint là qui te fait plus grand

qu'à raison ne te croit

l'homme déguisé en toi

 

20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 18:03

 

la nuit fait plus beau le chant du rossignol

quand n'écoute que l'arbre

je crois plus loin que j'ai cru

 

dites-lui pour moi ce que l'arbre entendit

flocons qui meurent roses

aubes buveuses de nuits

 

blessure de l'oiseau trou sang bouche ouverte

sois une fée muette

que seul entendra l'aubier

 

Lien vers le poème mis en musique et interprété par François Guillon (qui fait tout même les "hou-hou" derrière)

20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 17:32

mes larmes vous parlent de la pluie mauvaise

qui tombera bientôt

mais vous n'y comprenez goutte

 

de grands arbres s'effondrent devant ma route

je marcherai dessus

souffle un vent froid dans mon dos

 

j'ai traversé la mort depuis mon baptême

je ne crains pas la vie

tant pis si je vous dégoûte

16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 11:00

tu t'appelles Mahmoud B.

 

je n'inscris pas ton patronyme

histoire que les flics encore debout de Ben Ali

nous fichent la paix

 

nous avions vingt ans c'était à Paris

 

tu as été logé quelques mois chez Jeanne

quelques mois chez moi

avenue d'Eylau

rue Cardinal Lemoine

 

c'était un peu secret

je crois que tu n'avais pas les bons papiers

 

vous vous étiez rencontrés

dans une manif pro-palestinienne

 

puis tu as dormi dans une voiture

puis tu as disparu

 

on se partageait 12 mètres carrés

 

chaque semaine il fallait nettoyer l'ordinateur

des logiciels espions venus de Tunis

 

ton père avait fait de la prison

tu résistais depuis la France

en étudiant pour retourner au pays

tout changer

 

chez Jeanne tu buvais du vin

et tu nous lisais le Coran

on s'endormait


chez moi tu ne buvais plus d'alcool

dans le frigo j'avais mon étage pour le jambon le pâté le saucisson

tu avais ton étage pour la harissa

 

quand tu cuisinais tu faisais tout frire

et ça puait la friture pendant trois jours

 

quand j'ai eu la grippe

tu m'as soigné

tu t'occupais de tout

 

cinq fois par jour tes ablutions inondaient la petite salle d'eau

cinq fois par jour tu priais devant mon petit coin de prières

devant ma croix haïtienne

 

le matin où les Américains envahirent l'Irak

nous prenions le petit déjeuner

nous écoutions la radio

 

tu t'es mis à pleurer

 

on a prié ensemble côte à côte

 

on a manifesté ensemble

 

on s'est engueulé

le voile la laïcité l'Iran Israël la Palestine tout ça

 

j'aimais beaucoup ton rire

 

tu as appelé une fois de chez Jeanne

elle devait me dire quelque chose

elle était gênée tu voulais la forcer

qu'elle dise ce qu'elle t'avait dit

elle était gênée et te frappait en riant

 

et quand on s'est mariés

on t'a invité c'était un mail

on n'a jamais eu de réponse

 

je ne sais pas où tu es

ce que tu deviens

si tu crois toujours en un véritable

communisme d'Islam

 

c'était de 2001 à 2003

 

tu nous as dit

le jour où Ben Ali tombe

Jeanne tu es ministre de la Culture

Aurélien tu es ministre de l'Education Nationale

 

on riait

 

mais Ben Ali ne tomberait jamais

 

et Ben Ali est tombé

 

on buvait du thé au jasmin

 

vive Mahmoud B.