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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 15:46

c’est ainsi / il ne viendra pas

le jour auquel on a rêvé

le matin dort dans de gris draps

le soleil ne s’est pas levé

 

crois-tu que quelqu’un se souvient

des jours où nous foulions la terre

un air médiéval me revient

qui chantait la douceur de l’air

 

j’aime le thé noir et brûlant

des grands pays mélancoliques

près du feu malade le vent

rêve une rouge flamme oblique

9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 20:35

I.

la nouvelle nous parvient à midi

en salle des professeurs

et nous coupe comme le jour en deux

 

on se regarde, graves

on baisse les yeux

on ne dit plus rien

 

on se souvient

 

c'est une femme qui fut notre chef

- je n'aime pas les chefs

mais j'aimais bien cette femme

 

je me souviens

 

elle souriait toujours riait toujours

on pouvait ne pas être d'accord et le lui dire

elle entendait elle entendait toujours

elle continuerait à nous sourire

 

elle était vivante

 

II.

c'est l'après-midi

on est devant des ordinateurs

à bâtir la suite on parle anglais

avec des collègues hongrois croates tchèques italiens

- on pense à Corinne Martin

 

c'est le jour en sa fin il y a du bruit des rires

la photocopieuse continue de fonctionner

on va au musée la ville est éclairée

Berlioz se tait les élèves fument

- on pense à Corinne Martin

 

le lendemain au self on regarde

la neige qui ne tombe pas

il fait toujours aussi froid

le vieux pin offre fidèlement son tronc oblique

à qui regarde dans l'ennui par la fenêtre

- on pense à Corinne Martin

 

III.

à l'heure de l'enterrement

à Pont-Saint-Esprit

où des collègues nous représentent

je vais embrasser les secrétaires

qui l'aimèrent

regrettent son rire

qui pleurent

comme à Pont-Saint-Esprit

 

ici on organise pour lundi

un instant pour se taire tous ensemble

pleurer écrire un mot

profs chefs secrétaires agents femmes de ménage cuisiniers

se souvenir

pleurer

tous ensemble on cherche le mot

recueillement hommage en mémoire de

lundi 13h30

 

IV.

personne ne parvient à imaginer

cette femme morte

allongée immobile

avec toute cette pose fatigante usée

ce décorum d'absence forcée de décorum (de gestes, de fioritures, de choix, d'ornements, de tournures, de joliesse)

que la mort nous impose en vérité (je me place ici du côté des cadavres)

 

elle était vivante

 

V.

que la mort nous impose disais-je

jusqu'à ce que nous réveille

un peintre un poète ou dieu 

6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 00:06

l’immeuble ocre et moche est planté

dans les rues de la Tour du Pin

comme une aiguille bonne à rien

indiquant l’heure abandonnée

 

la nuit descend jusqu’à zéro

dans les rues de la Tour du Pin

ici vécut l’amour ancien

c’était un autre numéro

 

silence au passé qui défile

dans les rues de la Tour du Pin

je retrouve de vieux chemins

le trottoir est sale et tranquille

 

Arabes vieux sous les arcades

dans les rues de la Tour du Pin

jolies laideurs que j’aimais bien

quand bruinait ma désespérade

 

au fond de quoi faudra descendre

dans les rues de la Tour du Pin

novembre ô souvenirs bons chiens

mordant mon ombre couleur cendre

 

ô tendres crocs ma chair est prête

dans les rues de la Tour du Pin

sauf le peintre malade ancien

pas de bonne âme qui s’arrête

 

on meurt sans un regard des hommes

dans les rues de la Tour du Pin

la toile ignorée le dit bien

qui montre en croix le Fils de l’Homme

 

en bas le monument aux morts

dans les rues de la Tour du Pin

héros dont rien ne se souvient

je lis vos noms en lettres d’or

 

j’entends recommencer la guerre

dans les rues de la Tour du Pin

je suis un des héros qui vient

mon nom restera sur la terre

 

brume bleue toi qui m’as grisé

dans les rues de la Tour du Pin

est-ce pour trancher les vieux liens

tous les couteaux sont aiguisés

26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 23:41

celui qui sait

le jour durant

où est l’étoile

 

celui qui croit

la nuit entière

à la lumière

 

celui qui pense

en son amour

tous les déserts

 

celui qui rêve

en son labeur

à des prières

 

celui qui dort

dans la forêt

hurlant les loups

 

celui qui meurt

dans la rivière

son cœur au cou

 

celui qui butte

sur les scrupules

des papillons

 

celui qui lutte

pour préserver

sa damnation

 

celui qui joue

tout son argent

pour une bille

 

celui qui perd

son entregent

pour une fille

 

celui qui rit

de ses médailles

en chocolat

 

celui qui hante

une rengaine

pour rester là

 

celui qui lit

dans le vent fou

des romans neufs

 

celui qui veille

dans l’ombre vieille

l’honneur d’un bœuf

 

celui qui sème

l’arbre sans fruit

et les fleurs noires

 

celui qui prie

de vieux décors

en sa mémoire

 

celui qui vit

pour l’offertoire

d’un chrysanthème

 

celui qui dit

aux arbres morts

de vieux poèmes

 

celui qui chante

au fond des neiges

un printemps bleu

 

celui qui pleure

quand tous s’agrègent

à des faux dieux

 

celui qui brûle

pour que ne tremble

l’oiseau de froid

 

celui qui aime

sans qu’il entende

pourquoi pourquoi

1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 08:10

qu'est-ce qu'il y a dans l'eau ?

(sous le reflet des lumières de la ville

et des étoiles)

 

la nuit

des poissons

la boue

 

des cadavres d'amoureuses

de garçons angoissés

 

et des secrets qui vont vers la mer

se noyer mieux