Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 17:03

Par le petit garçon qui marche avec sa mère

Tandis que des enfants s’abrutissent les nerfs

Par les congés conquis par le Front Populaire

Et par la foule immense immergée dans l’Histoire

Pour qu’un coin de ciel bleu déchire la nuit noire

Je te salue, ma rue

 

Par les slogans gueulés, par les murs qu’on a peints

Les affiches collées jusqu’au petit matin

Par tous les poings levés et par les coups - de main

Par le camp des gitans qu’on voit devenir miettes

Les promesses trahies promettant nos défaites

Je te salue, ma rue

 

Par la putain qui pleur’ au fond d’un’ camionnette

Le paysan pendu sur son grand champ de dettes

Par les chiens qui aboient quand l’étranger s’arrête

Par la caissièr’ fourbue que tous ont insultée

Par le fils dont le pèr’ vient de se fair’ virer

Je te salue, ma rue

 

Par la manif en marche, par la foule qui tonne

Sous les coups de matraqu’ dès que la charge sonne

Par le cri de Gavroche et le mot de Cambronne

Par le peuple debout et par nos peurs domptées

Les lendemains promis où d’autres vont chanter

Je te salue, ma rue

 

Par les deux chants du coq quand la nuit disparaît

Par tous ceux qui croiront au vieux rêve français

Par le blanc des lilas, le rouge des œillets

Par l’étendard sanglant élevé dans l’Histoire

Pour qu’enfin le ciel bleu défasse la nuit noire

Je te salue, ma rue

24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 10:32

tout en haut de la forteresse

je vois les cadavres flotter

la mer est grosse de nos larmes

 

la mer à notre porte cogne:

ouvrez voici des femmes mortes

et voici leurs enfants ouvrez

 

tous espéraient vivre chez vous

chez eux la vie ne se peut plus

l'ordre du monde en est la cause

 

l'ordre du monde dites-vous

qui fait de la mer une tombe

du coeur de l'homme un fruit pourri

 

enterrez-les dans votre terre

qu'au moins cela leur soit donné

qu'un jour y germent des questions

 

que je redevienne la mer

que vous redeveniez des hommes

que chaque fruit soit partagé

2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 13:40

Un vagabond chapeau troué

par François Guillon.

2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 13:35

Un testament

par François Guillon

22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 14:35

"En 93, selon que l'idée qui flottait était bonne ou mauvaise, selon que c'était le jour du fanatisme ou de l'enthousiasme, il partait du faubourg Saint-Antoine tantôt des légions sauvages, tantôt des bandes héroïques.

Sauvages. Expliquons-nous sur ce mot. Ces hommes hérissés qui, dans les jours génésiaques du chaos révolutionnaire, déguenillés, hurlants, farouches, le casse-tête levé, la pique haute, se ruaient sur le vieux Paris bouleversé, que voulaient-ils? Ils voulaient la fin des oppressions, la fin des tyrannies, la fin du glaive, le travail pour l'homme, l'instruction pour l'enfant, la douceur sociale pour la femme, la liberté, l'égalité, la fraternité, le pain pour tous, l'idée pour tous, l'édénisation du monde, le Progrès; et cette chose sainte, bonne et douce, le progrès, poussés à bout, hors d'eux-mêmes, ils la réclamaient terribles, demi-nus, la massue au poing, le rugissement à la bouche. C'étaient les sauvages, oui; mais les sauvages de la civilisation.

Ils proclamaient avec furie le droit; ils voulaient, fût-ce par le tremblement et l'épouvante, forcer le genre humain au paradis. Ils semblaient des barbares et ils étaient des sauveurs. Ils réclamaient la lumière avec le masque de la nuit.

En regard de ces hommes, farouches, nous en convenons, et effrayants, mais farouches et effrayants pour le bien, il y a d'autres hommes, souriants, brodés, dorés, enrubannés, constellés, en bas de soie, en plumes blanches, en gants jaunes, en souliers vernis, qui, accoudés à une table de velours au coin d'une cheminée de marbre, insistent doucement pour le maintien et la conservation du passé, du moyen-âge, du droit divin, du fanatisme, de l'ignorance, de l'esclavage, de la peine de mort, de la guerre, glorifiant à demi-voix et avec politesse le sabre, le bûcher et l'échafaud. Quant à nous, si nous étions forcés à l'option entre les barbares de la civilisation et les civilisés de la barbarie, nous choisirions les barbares."

Victor HUGO, les Misérables, Quatrième partie: "L'idylle rue Plumet et l'épopée rue saint-Denis", livre premier: "Quelques pages d'histoire", Chapitre V: "Faits d'où l'histoire sort et que l'histoire ignore", 1862.