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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 23:29

à Z. H.

 

il était une fois

un clown

qui avait des idées

 

il s’en servait pour faire rire

pour ce que le rire est le propre

des bêtes qui pensent

 

mais le baron bientôt déclara

que puisque c’était comme ça

on ne l’inviterait plus

aux goûters d’anniversaire des enfants

ni aux noces

ni aux enterrements (mais on n’avait jusque-là jamais songé à l’y inviter - et on le regretta, on le regretta amèrement)

 

un singe, dit le Baron

fera bien mieux l’affaire

 

la colère du Baron n’était pas tant

que le clown eût des idées

mais que ces idées ne fussent pas 

les bonnes

c’est-à-dire

les siennes (je veux dire celles du Baron - car le clown avait bel et bien ses propres idées, cachées plus que sous sa perruque, plus que sous son nez rouge: incrustées dans sa peau)

 

alors

le clown

mourut

de faim

 

à son enterrement

le Baron secrètement rigola 

rigola rigola rigola

rigola tant et si bien dedans-lui

qu’il en creva

 

c’est la fin direz-vous

si tout le monde meurt

de ne plus rire ou de trop rigoler

ou de ne plus penser ou de penser rien

 

non ce n’est jamais la fin 

car le clown ressuscite

et se remet aussitôt au travail

 

et les héritiers du Baron 

baronnaux et baronnesses

d’acheter des singes

beaucoup de singes

et de les lâcher dans la nature

 

quelle histoire me direz-vous

quelle histoire se disait-on

 

et on en rit

on en rit tant

qu’on pensa:

 

d’où sortent-ils ces baronneaux

ces baronesses qui les a mis là

ces empêcheurs de rire

ces empêcheuses de penser

 

alors on décida à l’hilarité générale

de les placer dans les cages des singes

 

et les singes

à force de rire

se mirent à penser

et à force de penser

repartirent plus libres qu’ils n’étaient arrivés

 

devant ce spectacle de bêtes redevenues des hommes

baronnesses et barronnaux comprirent

qu’ils s’étaient trompés

et tous se mirent à rire

 

on oublia le clown

il était déjà loin

il était arrivé dans une baronnie

où l’on ne riait guère

 

il était une fois

l’histoire d’un clown

qui avait des idées

15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 08:37
un serpent (stylo noir, argile, encre), juillet 2014.

un serpent (stylo noir, argile, encre), juillet 2014.

30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 08:34
un spectre (stylo noir, argile, encre), juillet 2014.

un spectre (stylo noir, argile, encre), juillet 2014.

17 septembre 2014 3 17 /09 /septembre /2014 15:20

"Il sortit dans le soleil et prit la piste qui menait, à travers le veld, jusqu'au réservoir et au champ où il avait éparpillé autrefois les cendres de sa mère. Il reconnaissait chaque pierre, chaque buisson le long du chemin. Il se sentait chez lui près du réservoir comme jamais il ne s'était jamais senti dans la maison. Il s'étendit pour se reposer, le manteau noir roulé en dessous de sa tête, contemplant la grande sphère du ciel au-dessus de lui. Je veux vivre ici, se dit-il; je veux vivre ici pour toujours, ici où ma mère et ma grand-mère ont vécu. C'est aussi simple que ça. Quel dommage que pour vivre en des temps comme ceux-ci, un homme doive être prêt à vivre comme une bête. Un homme qui veut vivre ne peut pas vivre dans une maison où il y a de la lumière aux fenêtres. Il doit vivre dans un trou et se cacher pendant le jour. Pour vivre, il faut qu'il ne laisse aucune trace de sa vie. Voilà où nous en sommes arrivés."

J. M. Coetzee,   Michaël K, sa vie, son temps (Life and Times of Michael K),

éditions du Seuil, 1983. 

16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 10:05

"Peu d'œuvres donne beaucoup d'amour-propre, beaucoup de travail donne infiniment de modestie."

Honoré de Balzac, Avant-propos de la Comédie humaine, 1842.