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6 octobre 2006 5 06 /10 /octobre /2006 07:09

Où que tu sois, creuse profond,

En bas, c’est la source.

Laisse les hommes noirs crier :

« En bas, c’est toujours l’enfer. »

Nietzsche, le Gai Savoir

 

L’âme épaisse a sa géologie, bien entendu.

Mais subit aussi – en apparence : à sa surface – les grands travaux et les intempéries.

Avant toute régulière dépression anticyclonique, surgit un gros tractopelle. Qui creuse et creuse et creuse. Bâtit l’abîme.

 

Survient alors, loin des latitudes tempérées, la mousson. Cette joyeuse catastrophe, si nécessaire pour la culture du riz et pour l’abondance de sa moisson, comblera possiblement le trou béant creusé pour rien.

 

Plénitude de la pluie ! Te voici propriétaire d’un lac intime, âme abîmée ! Récolte miraculeuse : le ciel est dans ton champ !

 

Et le temps vient, revient, et tout s’assèche, et recommence. Revient le tractopelle pour creuser plus profondément encore. Puis revient la mousson –  et voici ton lac encor plus large et plus abyssal !

Régulièrement, tu viens te pencher sur ton domaine de plus en plus vaste – pour contempler le vide ou la vie, admirer la perte ou la merveille. Deux fois l’an.

Diastole et systole de la mécanique et de la météo, du gouffre et de l’espace conquis, de la blessure vide et de la joie pleine.

 

L’âme, aride et boueuse, se creuse infiniment dans la vie. Elle se creusera longtemps, ton âme, ami, dans la douleur et l’extase, et jusqu’à Dieu, et jusqu’à personne,

et tu seras toi, toujours plus près, là,

selon les temps,

entre Dieu et personne.

5 octobre 2006 4 05 /10 /octobre /2006 09:44

l’écrivain, le yucca.

 

bien que l’un soit, la plupart du temps, un être humain, et l’autre un être végétal,

ils ont bien des points communs.

 

Le yucca est un mot d’une langue indigène de l’Autre Monde – le Nouveau. Certains affirment aujourd’hui avec précision que le terme est né sur l’île d’Haïti, ce lieu paradisiaque – aujourd’hui en proie à la misère et à la violence.

Il désigne un genre de liliacées, acclimatées dans les pays tempérés.

 

C’est une plante arborescente. Sa tige est ligneuse ; « sa hampe florale porte une panicule de fleurs en clochettes rosées ou blanches. » C’est, du moins, ce que nous en dit, avec assez de grâce, le dictionnaire Le Robert. Avant d’ajouter : « Le yucca est ornemental ;

il peut fournir des fibres textiles. »

 

on omet bien souvent de préciser que le yucca fleurit très rarement. A moins d’être peu arrosé, dans un pot trop étroit pour ses racines, à moins de souffrir, végétalement,

beaucoup.

4 octobre 2006 3 04 /10 /octobre /2006 15:16

parce qu'elle perd toujours papiers, cartes et clefs, on la croit distraite

alors qu'elle est attentive au possible; on pourrait dire plutôt

d'elle qu'elle est oublieuse - dans l'oubli des choses, et des êtres

qui ne sont pas là, pleinement, de l'inutile d'abord, et de tout ce qui est faux.

 

précisément parce qu'elle existe, et qu'elle est dans la réalité

seule et dans ce poids de tout (qui est l'amour, véritablement),

d'autres qui n'y sont pas, d'eux se suffisant et contents, disent qu'elle est

légère - éthérée. et moi qui l'aime, et moi peut-être seulement,

 

je sais par la chair et l'alliance, qu'elle est dans l'oubli

d'elle-même, surtout, et qu'elle en paie le prix,

à veiller la vérité, attentivement, et prête à perdre le reste

 


- et le perdant. qu'importe: puisque rouilleront serrures, et que nos codes et nos gestes,

et que maisons et voitures iront à perte. et qu'éternelle est, cependant, cette trace,

et la demeure (là où blessure est béance), à visage et coeur, d'en elle, femme, la grâce.