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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 09:29

ScannedImage-30le pépé.

après sa demeure, il n’y avait plus que bois, roche

et neige – la route montait, étroite et droite, jusqu’au pied de la vraie montagne.

dans son jardin, un ruisseau, où tourne toujours un petit moulin

en dégringolant le pré filait au torrent

qui rugissait en contrebas

 

c'est là qu'avait vécu le vieux. sa femme était morte, voilà

dix ans. déjà. de ce temps, ne lui restaient plus que deux chats

– l’un gris, tigré, sauvage, l’autre jaune, muet

qu’il appelait Missou

et qui, le soir, venait, pour reposer sur ses genoux

 

le vieux pépé, bien qu’encore un peu drôle et encor colérique

se fatiguait de vivre. être l’essoufflait. il n’avait jamais

cru en rien, ni personne – en rien. son fils était mort, ses filles étaient loin.

il était tout seul avec ses chats

– et la montagne immense, immobile 

 

il s’était fait de plus en plus rare, en effet, qu’on vînt le voir :

il racontait encore assez bien les histoires du temps ancien, mais

de moins en moins, et râlait souvent, s’énervait vite, gueulait trop.

tout ralentissait. le présent ne passait pas vite. le temps lui était grand, profond, long

et lent – et l’ennui gigantesque dans cette vie petite

 

un soir, le chat sauvage ne revint pas – perdu dans les sapins

ou emporté par l’aigle. peu de jours après, Missou est mort

l’antique incroyant, de son pauvre reste de force, creusa un trou

pour mettre au sein de la terre chaude

l’or de cette bête douce

 

puis, sur la petite tombe animale, il planta ce simple écriteau – lui qui n'avait jamais cru:

"pour l’éternitée..." février avait alors, jour des cendres

couvert de neige la montagne. la tendresse est un grand mystère. le vieillard

dedans chez lui rentra, s’allongea doucement, ne mangea plus. tard

venue de la bonté profonde, une caresse vint, qui l’emporta

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