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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 20:35

I.

la nouvelle nous parvient à midi

en salle des professeurs

et nous coupe comme le jour en deux

 

on se regarde, graves

on baisse les yeux

on ne dit plus rien

 

on se souvient

 

c'est une femme qui fut notre chef

- je n'aime pas les chefs

mais j'aimais bien cette femme

 

je me souviens

 

elle souriait toujours riait toujours

on pouvait ne pas être d'accord et le lui dire

elle entendait elle entendait toujours

elle continuerait à nous sourire

 

elle était vivante

 

II.

c'est l'après-midi

on est devant des ordinateurs

à bâtir la suite on parle anglais

avec des collègues hongrois croates tchèques italiens

- on pense à Corinne Martin

 

c'est le jour en sa fin il y a du bruit des rires

la photocopieuse continue de fonctionner

on va au musée la ville est éclairée

Berlioz se tait les élèves fument

- on pense à Corinne Martin

 

le lendemain au self on regarde

la neige qui ne tombe pas

il fait toujours aussi froid

le vieux pin offre fidèlement son tronc oblique

à qui regarde dans l'ennui par la fenêtre

- on pense à Corinne Martin

 

III.

à l'heure de l'enterrement

à Pont-Saint-Esprit

où des collègues nous représentent

je vais embrasser les secrétaires

qui l'aimèrent

regrettent son rire

qui pleurent

comme à Pont-Saint-Esprit

 

ici on organise pour lundi

un instant pour se taire tous ensemble

pleurer écrire un mot

profs chefs secrétaires agents femmes de ménage cuisiniers

se souvenir

pleurer

tous ensemble on cherche le mot

recueillement hommage en mémoire de

lundi 13h30

 

IV.

personne ne parvient à imaginer

cette femme morte

allongée immobile

avec toute cette pose fatigante usée

ce décorum d'absence forcée de décorum (de gestes, de fioritures, de choix, d'ornements, de tournures, de joliesse)

que la mort nous impose en vérité (je me place ici du côté des cadavres)

 

elle était vivante

 

V.

que la mort nous impose disais-je

jusqu'à ce que nous réveille

un peintre un poète ou dieu 

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