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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 10:08

   "La France regorgeait de mécontents prêts au signal, mais l'égoïsme des uns, la lâcheté des autres, la fureur du despotisme dans les derniers jours, la foule des pauvres qui mangeaient la cour, le crédit et la crainte des créanciers, le vieil amour des rois, le luxe et la frivolité des petits, et l'échafaud; toutes ces causes réunies arrêtaient l'insurrection.

   La misère et les rigueurs de l'année 1788 émurent la sensibilité. Les calamités et les bienfaits unirent les coeurs; on osa se dire qu'on était malheureux, on se plaignit.

   La sève des vieilles lois se perdait tous les jours. Le malheur de Kornman indigna Paris. Le peuple se passionnait par fantaisie et par conformité pour tout ce qui ressentait l'infortune. On détesta les grands qu'on enviait. Les grands s'indignèrent contre les cris du peuple. Le despotisme devient d'autant plus violent qu'il est moins respecté ou qu'il s'affaiblit. M. de Lamoignon qui redoutait les parlements les supprima, les fit regretter: ils se rétablirent. M. Necker vint après, qui multiplia les administrations pour accréditer les impôts, qui se fit adorer, appela les Etats, rendit le peuple altier, les grands jaloux, et mit tout en feu: on bloqua Paris; c'est alors que l'épouvante, le désespoir et l'enthousiasme saisirent les âmes; le malheur commun ligua la force commune; on osa jusqu'à la fin, parce qu'on avait osé d'abord; l'effort ne fut point grand, il fut heureux; le premier éclat de la révolte renversa le despotisme. Tant il est vrai que les tyrans périssent par la faiblesse des lois qu'ils ont énervées."

 

Saint-Just, l'Esprit de la Révolution, Première Partie, Chapitre Premier: Des pressentiments de la Révolution, 1791.

 

 

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