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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 10:53

"Profitant de l'occasion, j'engageai, par curiosité, la conversation avec lui et comme il n'était pas reçu comme un familier, mais en tant que fonctionnaire subalterne venu présenter un rapport et voyant, d'autre part, comment me recevait son chef, il me fit l'honneur d'une certaine franchise, bien entendu jusqu'à un certain point, c'est-à-dire qu'il fut plutôt poli que franc, précisément comme savent être polis les Français, d'autant plus qu'il avait reconnu en moi un étranger. Mais je le compris fort bien. On parlait des socialistes révolutionnaires que, soit dit en passant, on poursuivait alors. Laissant de côté le véritable fond de la conversation, je citerai seulement une bien curieuse remarque qui échappa tout à coup à cet individu: "Nous ne craignons pas tellement, au fond, dit-il, tous ces socialistes-anarchistes, athées et révolutionnaires; nous les surveillons et nous connaissons leur jeu. Mais il est parmi eux, bien que peu nombreux, quelques hommes à part: ce sont ceux qui croient en Dieu et qui sont chrétiens, en même temps que socialistes. C'est eux que nous craignons le plus, ce sont des gens redoutables! Le socialiste chrétien est plus redoutable que le socialiste athée." Alors déjà ces paroles m'avaient frappé, mais maintenant, avec vous, messieurs, elles me sont soudain revenues à la mémoire..."

 

Fédor Dostoïevski, les Frères Karamazov,

Première Partie, Livre Deuxième "Une réunion déplacée", chapitre V "Ainsi soit-il", 1879.

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