Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 17:52

Avertissement.

Il faut haïr la théorie - n'en retenir que Dieu.

Cependant je veux vous dire deux ou trois choses, pour qu'elles soient dites.

Que ce blog n'est qu'un atelier de travail. La devanture d'un atelier de travail, pour être plus exact - le devant. Non la vitrine. Le devant - parce qu'aller plus loin serait prendre le risque de se salir ou de se couper les pieds, ou de marcher sur des choses malpropres. L'invisible est mon ami, et ma chair saignante, sous la peau.

Que j'ai beau essayer d'y mettre bon ordre, rien n'y fait. De supprimer des catégories, de reclasser les textes, les photographies : rien n'y fait. Qu'il faut donc prendre le temps de lire la date de ce qui est écrit, photographié. La date est importante. Le temps. Le temps est tout.

Que les catégories ont néanmoins leur petite importance. Les chansons ne sont que chansonnettes. Ne se suffisent pas sans musique. Tout n'est pas bon ici à faire livre. Loin de là. L'OEUF a fait son temps. Sans achever. C'est le propre de tout ce qui vit, c'est à dire de ce dont on peut ou pourra dire : cela fut.

Que je considère comme unique activité de ma vie mon activité poétique. J'entends par là : toute création, tout geste, tout agir véritable - toute preuve que je suis vivant. Il y a certes des degrés dans ce déploiement, cet élargissement, ce gonflement de la vie qu'on appelle la joie. La souffrance même, toute douleur, ou plus communément : le malheur - le malheur n'est pas exempt de cette définition de la joie. Le malheur sert, et bien maladroit l'humain qui voudra passer outre. Mais, au premier rang des outils de la joie, je mets le théâtre, l'écriture, la peinture, le chant, la prière, la conversation, l'amour (platonique et sexuel), le rêve. La vie ordinaire aussi - mais je crains que cette expression soit mal comprise.

Et tant pis si je lave ma face avec la serviette où vous séchez vos mains.

Enfin, un mot du chiffre. Je suis revenu au vers (dans une acception parfois assez large, où Claudel est de la maison). Il y a peu de créateurs de nouvelles formes - je distingue cela du style, qui lui est obligatoire, qui est le sang. Depuis le sonnet, le rondeau, l'alexandrin, le décasyllabe, quoi? Prévert? Passons. Bien sûr, Rimbaud, Claudel, Char. Mais ça, c'est le verset biblique, le vers grec, latin, allemand versé bouillant dans la phrase française. Houellebecq dit: un créateur de forme par siècle. Moi je dis: même pas un par millénaire peut-être. Un par civilisation. A-t-on changé de civilisation? Non. J'y reste, je m'y maintiens, je la maintiens, j'en suis. Je la ferai renaître s'il le faut. La résurrection est une chose ordinaire pour moi. Mon vers tient l'Europe comme un oison dont on sent le sang battre dans son poing serré. N'ayez crainte: je me ferai un poing à la taille du ciel, et tous les soleils y tiendront.

Pourquoi le chiffre, encore ? Parce qu'il est aussi remède à la logorrhée, à la vanité de tout dire. Mais avant tout parce que le chiffre déjà, le chiffre seul, est poéme. Peut-être ordre du monde, musique des sphères, harmonie universelle, bla bla bla, oui, oui, oui. Mais d'abord simple compte. Compte juste.

Aujourd'hui j'embrasse mes amis poètes. Ils ne sont pas nombreux. Je sais leur petite douleur des jours à passer pour des fonctionnaires soviétiques, de gris médiocres. Qu'ils soient fiers. Gloire à eux. NOUS SOMMES DE GRANDS ARTISTES.

Aujourd'hui, jour de la Nativité.

commentaires