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6 octobre 2006 5 06 /10 /octobre /2006 07:09

Où que tu sois, creuse profond,

En bas, c’est la source.

Laisse les hommes noirs crier :

« En bas, c’est toujours l’enfer. »

Nietzsche, le Gai Savoir

 

L’âme épaisse a sa géologie, bien entendu.

Mais subit aussi – en apparence : à sa surface – les grands travaux et les intempéries.

Avant toute régulière dépression anticyclonique, surgit un gros tractopelle. Qui creuse et creuse et creuse. Bâtit l’abîme.

 

Survient alors, loin des latitudes tempérées, la mousson. Cette joyeuse catastrophe, si nécessaire pour la culture du riz et pour l’abondance de sa moisson, comblera possiblement le trou béant creusé pour rien.

 

Plénitude de la pluie ! Te voici propriétaire d’un lac intime, âme abîmée ! Récolte miraculeuse : le ciel est dans ton champ !

 

Et le temps vient, revient, et tout s’assèche, et recommence. Revient le tractopelle pour creuser plus profondément encore. Puis revient la mousson –  et voici ton lac encor plus large et plus abyssal !

Régulièrement, tu viens te pencher sur ton domaine de plus en plus vaste – pour contempler le vide ou la vie, admirer la perte ou la merveille. Deux fois l’an.

Diastole et systole de la mécanique et de la météo, du gouffre et de l’espace conquis, de la blessure vide et de la joie pleine.

 

L’âme, aride et boueuse, se creuse infiniment dans la vie. Elle se creusera longtemps, ton âme, ami, dans la douleur et l’extase, et jusqu’à Dieu, et jusqu’à personne,

et tu seras toi, toujours plus près, là,

selon les temps,

entre Dieu et personne.

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