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2 juin 2020 2 02 /06 /juin /2020 17:28

Des jours et des jours, cependant, je me suis attendue à une mauvaise nouvelle. Je lisais la presse (pas tous les jours parce que nous n’avions pas d’argent pour acheter le journal quotidiennement), je regardais la télévision, j’écoutais les nouvelles à la radio dans le salon de coiffure, craignant de trouver la silhouette finale de Maciste étendu sur le sol, au milieu d’une flaque de sang (son sang froid), et à côté de lui les photos genre photos d’identité du Bolognais et du Libyen, me fixant avec nostalgie depuis une page ou depuis l’écran de notre télévision qui était à présent réellement la nôtre et non plus celle de nos parents morts, comme si leurs photos, celles des assassins et de la victime, celle de l’assassin et des victimes, avaient été le signal qu’à l’extérieur persistait encore la tempête, une tempête qui n’était pas située dans le ciel de Rome, mais dans la nuit d’Europe, ou dans l’espace qu’il y a entre une planète et une autre planète, une tempête sans bruit et sans yeux qui venait d’un autre monde, un monde que même les satellites qui gravitent autour de la Terre ne peuvent capter, et où existait un vide qui était mon vide, une ombre qui était mon ombre.

 

Roberto Bolaño, Un petit roman lumpen, 2002, traduit par Robert Amutio, Christian Bourgois 2012

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