Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
4 janvier 2016 1 04 /01 /janvier /2016 21:39

-Hanno, petit Hanno! poursuivit Mme Permaneder, et les larmes coulaient sur l'épiderme terne et duveteux de ses joues. Tom, papa, grand-père et tous les autres, où sont-ils passés? On ne les voit plus. Ah! que c'est dur et que c'est triste!

-Nous les reverrons, dit Frédérique Buddenbrook en joignant les mains sur ses genoux, les yeux baissés, le nez en l'air.

-Oui, on le dit. Ah! il y a des heures, Frédérique, où ce n'est pas une consolation! où l'on doute de la justice, de la bonté, de tout. La vie, voyez-vous, brise tant de choses en nous, détruit tant de croyances. Se revoir là-haut. Si c'était vrai...

Mais alors Sesemi Weichbrodt se dressa, à côté de la table, de toute sa petite taille. Elle s'éleva sur la pointe des pieds, tendit le cou, frappa sur la table et son bonnet trembla sur sa tête.

-C'est la vérité! dit-elle de toute sa force, avec un regard de défi à la ronde. 

Elle se dressait là, victorieuse dans le bon combat qu'elle avait mené toute sa vie contre les doutes que lui insufflait sa passion d'institutrice, bossue, minuscule et frémissante de conviction, petite prophétesse courroucée et enthousiaste.

Thomas MANN, les Buddenbrook, le déclin d'une famille, Onzième partie, chapitre IV, fin, 1901.

 

commentaires